Malware et liberté

Fiction – Parc Expo de Paris (janvier 2022)

M – Bonjour, puisque vous prenez votre café debout, j’ai remarqué votre badge d’exposant. Vous travaillez pour B&T (Business & Technologies) ?
C – Oui en effet, je suis le directeur commercial

M – J’utilise votre solution antimalware
C – Excellent choix, notre nouvelle solution est extraordinaire, une merveille de technologie avec un nouvel algorithme adaptatif. Nous sommes devenus les leaders du marché en quelques mois.

M – Oui, en faisant interdire toutes les autres solutions du marché, c’est facile !
C – Ne soyez pas désagréable, nous faisons tout pour vous rendre la vie heureuse.

M – Mais sur la pub, il était écrit que ca protégeait notre ordinateur de la contagion et de la transmission à un taux incroyable de succès
C – Oui en effet. De nombreuses revues ont écrit des articles sur cette incroyable technologie. Des experts ont même pu attester que les résultats surpassaient toutes les autres solutions. D’aileurs, c’est tellement efficace que nous avons convaincu le gouverment de n’autoriser la distribution que de cette technologie.

M – Pour autant, j’ai pu constater que mon ordinateur avait été infecté récemment, tout comme d’autres collègues
C – Ca arrive, la protection n’est pas parfaite. Nos tests avant la mise sur le marché on prouvé l’efficacité.

M – Mais comment peut-on être certain que les tests réalisés sont tous concluants s’il n’y a que vous qui produisez ces tests ? Ils ne sont reproduits par personne ?
C – En effet, cela couterait bien trop cher de refaire ces tests. C’est pour cela que des personnes compétentes relisent nos jeux de test et nous pouvons vous assurer que ces personnes sont indépendantes et honnêtes.

M – Nous avons tous constaté aussi que les ordinateurs étaient moins efficaces une fois votre logiciel installé. Sur certains ordinateurs du réseau, le CPU s’est mis à tourner à plein régime et a grillé. Sur d’autres, c’est le disque qui a connu un dysfonctionnement. Toutes les données étaient perdues.
C – Je peux vous assurer que notre solution est fiable. Sinon nous ne ferions pas 1000 $ de bénéfice par seconde !

M – Mais vous disiez aussi dans la pub, que même si le malware était présent sur le disque dur, il était impossible de le transmettre via la réseau ? Pourtant, tous nos ordinateurs l’ont attrapé
C – Bon, oui, on s’est apercu que l’implémentation de cette technologie est, somme toute, un peu récente, même si les bases de l’algorithme ont été écrites au début des années 90. Mais ne vous inquiétez pas, votre ordinateur sera protégé contre les attaques graves comme le ransonware.

M – Ha ouais, pourtant, j’ai un ami qui m’a confié avoir été infecté et il a du payer 100.000 € de rancon.
C – C’est étonnant, le logiciel empeche d’être attaqué par des ransonwares qui vous escroquent plus de 10 €.

M – Mon ami a pourtant du porter son ordinateur en SAV car tout son disque dur était crypté. Le SAV l’a laissé en observation quelques jours.
C – Nos statistiques prouvent que 85% des ordinateurs en SAV n’étaient pas équipés de notre solution.

M – Mais sur quels critères faites-vous ces statistiques ? Au SAV, les techniciens ont dit à mon ami, qu’en fait, sur la dernière forme de ransomware, ils recevaient encore plus d’ordinateurs équipés de votre solution, ca dépassait même en nombre, les ordinateurs qui n’étaient occupés d’aucun antimalware.
C – Tsss ! Vous êtes complotiste !

M – Je vous assure que non, j’avais entière confiance en votre technologie. On nous disait même qu’il était indispensable de s’équiper, sinon on ne pourrait plus utiliser notre ordinateur pour travailler. J’adore la technologie et j’étais persuasé que j’avais fait le bon choix. En protégeant mon ordinateur, je protégeais aussi les autres !
C – Oui, soyez rassuré, les spécialistes ont même été les premiers équipés. D’ailleurs nous avons créé un label qui atteste que les ordinateurs sont équipés de notre solution. Le label n’est valable que temporairement car un code est régénéré à chaque mise à jour. C’est sécurisant pour tout le monde.

M – Tout de même, vous disiez que votre solution était fiable et que l’investissement était fait une fois pour toute. Nous avons finalement appris qu’il fallait un update régulier. Certains articles de journaux parlaient en début d’un update par an, puis on parlé d’un update tous les 6 mois, puis tous les 4 mois, puis tous les 3 mois. On lit parfois dans des revues plus « underground » comme Hacker Magazine, qu’au bout de 10 semaines, votre solution ne protège plus de rien.
C – Ecoutez, il faut savoir ce que vous voulez ! votre santé avant tout !

M – Mais du coup, si votre solution ne freine pas la transmission et n’empeche pas d’attraper de malware, quelle est son utilité ? A quoi peut bien servir ce label ? Un ordinateur équipé de votre solution pourrait donc contaminer un autre ordinateur équipé ou non de votre solution ?
C – Ecoutez, les personnes les plus compétentes ont mis en place notre solution, c’est donc qu’elle est fabuleuse.

C – La technologie en elle-même est formidable, vous pouvez avoir confiance et l’installer même sur l’ordinateur des vos enfants.
M – L’ordinateur des enfants n’est pas relié au réseau, nous n’installons jamais de nouveaux logiciels et franchement, je doute qu’il soit nécessaire d’installer votre solution innovante sur leur ordinateur

C – Vous plaisantez ! Il est indispensable de l’installer partout sinon vous risque de mettre tout le monde en danger ! vous êtes inconscient ou quoi ?
M – Naivement, je pensais que la probabilité que l’ordinateur des enfants soit infecté d’un malware était tellement faible… J’ai peur que, comme sur certains postes, ca puisse affecter le CPU et nous aimerions autant ne pas avoir à racheter un ordinateur pour les enfants.

M – Quand même, nous avons été destinaires d’une information ayant fuité et il semblerait que plus votre solution est utilisée, plus il y a des malwares en circulation. A moins que ce ne soit que la détection qui manque de fiabilité ? Des bruits courent sur le fait que mal paramétrée, elle pourrait même détecter des restes de virus que l’ordinateur aurait attrapé il y a des années !
C – Ha, ha, ha ! non là vraiment, vous lisez trop Pirate Magazine !

M – Mais pourrait-on imaginer d’avoir un logiciel que nous pourrions intaller que si notre ordinateur est infecté ?
C – Non, il est indispensable de le faire avant. Mais nous avons dans la roadmap, un logiciel qu’on pourra utiliser en curatif. Cependant, il faudrait aussi la solution préventive.

M – J’ai quand même l’impression d’être pris en otage.
C – Pas du tout, c’est un système extraordinaire : vous payez l’update régulièrement, nous vous protégeons et grace au label, vous avez même le droit d’utiliser votre ordinateur où vous le voulez.

M – OK mais ca, je pouvais déjà le faire avant ?
C – Ne soyez pas nostalgique, il faut vivre avec son temps !

Huawei

La ligne droite de la mise à l’écart et de la suspicion doit sembler interminable pour Huawei. La firme de Shenzhen a appris, le 25 janvier, que le groupe de télécommunications britannique Vodafone, troisième opérateur mobile du Royaume-Uni avec plus de 17 millions d’abonnés mobile, allait se passer de ses équipements.
Vodafone, deuxième opérateur britannique à faire une telle annonce après le numéro 1 BT, a déclaré vouloir marquer « une pause » dans le déploiement des équipements de Huawei dans ses réseaux, au moins jusqu’à ce que les doutes sur la prétendue collaboration entre la firme et le gouvernement chinois soient levés.

Amazon et les drones

Amazon, parmi d’autres, a pour objectif d’utiliser les drones pour livrer les colis plus rapidement et partout dans le monde. Seul souci : comment faire en sorte que le contenu du colis arrive intact à terre ? Le groupe de Seattle a la solution : des petits parachutes. Oui, bientôt, le ciel sera rempli de colis qui tomberont doucement d’un drone Amazon vers leur destination, votre maison.

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